Comme presque tout le monde j’ai aimé ce film, sa structure élaborée, sa mise en scène parfaitement efficace, les faux-semblants qui se résolvent au fur et à mesure et le jeu étonnant parfois et toujours juste des comédiens.
Ce qui m’amène a en faire un article est de creuser un autre sillon. Attention pour ceux qui n’auraient pas vu le film, cet article en dévoile la fin.
Ce film m’a fait du bien en tant que femme. Un immense bien.
Je trouve qu’il vient pointer quelque chose de sociétal avec beaucoup de pertinence sans que cela en soit le propos principal affiché.
Pour moi et pour les amies de ma génération que je côtoie - qui est la même que celle du personnage principal - les femmes ont toujours tort.
Plus j’avance dans ma vie et plus je m’en rends compte.
La plupart des hommes - et la société qui les suit majoritairement - donnent tort aux femmes par principe, et plus elles sont intelligentes et/ou talentueuses, plus c’est puissant.
Le film commence donc par un homme qui meurt et il est pointé que c’est forcément de la faute de sa femme. Les raisonnements sont implacables. Les constructions irréfutables. C’est le principe du film : un piège qui se referme sur l’accusée. Alors la seule issue devient celle de trouver des preuves. La vérité ne suffit pas.
Mais les preuves ne suffisent pas non plus. On peut les démonter par l’imagination, les archétypes, les raisonnements genrés et misogynes bien rodés qui semblent être devenus une vérité collective.
Car dans notre société, la vérité des femmes est par nature suspecte.
La femme avec un grand F serait ce personnage insaisissable dont il faut se méfier. L’archétype de la sorcière ou de la grande manipulatrice.
Les femmes on les aime soumises, pas autrement.
Et pourtant on offre aussi étrangement à la femme l’image de celle qui serait toute puissante.
Dès le début du film, elle représenterait à la fois la mère et la putain, la femme qui reste à travailler au foyer pour être proche de son enfant, mais aussi celle qui écrase son mari, ici par son talent. Celle qui castre, en volant les idées d’un pauvre homme qui ne sait pas se défendre. Lui, cet homme si généreux qui fait tout pour son foyer et qui ne peut devenir écrivain parce qu’il est trop dévoué à son fils et insidieusement oppressé par sa femme.
Lui qui est relégué à ce métier qui l’épanouit si peu : prof de province.
Et évidemment il lui fait ouvertement ces reproches, lui expliquant que toute sa vie à lui est tournée uniquement vers ses désirs à elle, ainsi que vers leur enfant et qu’il n’en peut plus. Il va même jusqu’à enregistrer leur dispute sans le lui dire et pour le prouver. Ce sera évident selon lui. Et ça l’est pour ceux qui la jugent !
Pourtant elle se défend dans cette dispute, en démontant avec véhémence et un a un les arguments de son mari et de cette infâme projection qui lui évite à lui de faire face à son manque de volonté, sa passivité agressive et sa dépression.
On nous montre ici combien les violences des hommes et leurs scénarios négatifs sur les femmes sont admis, acceptés, relayés dans l’inconscient collectif depuis toujours.
Mais la vérité d’une femme qui finit par devenir violente pour ne pas être engloutie sous le poids de tout ce qu’on lui attribue et qui n’existe pas, non ce n’est pas accepté.
En creux il est exprimé que ce qu’on attendait d’elle c’est qu’elle se soumette. Sinon elle est forcément dangereuse, vénéneuse, meurtrière même.
Ce film montre jusqu’à la fin, que la vérité et la parole de la femme sera bafouée, aussi précise et transparente soit-elle. Et même si cette vérité vient d’une femme instruite et qui n’a aucune agressivité dans sa défense.
Elle a tort. C’est tout.
Seul son avocat, un homme - dont on apprend au final qu’il était amoureux d’elle - pourra la sauver mais pas seul.
Seul il aurait certainement perdu. C’est la parole innocente du propre enfant de cette femme qui achève de la sauver.
Qu’en comprendre ?
C’est l’intime qui sauve les femmes. Ce sont leurs enfants.
Là se trouve notre seul salut à nous toutes. Nous aurons toujours tort, sauf dans les yeux innocents de nos enfants.
Si nous avons la chance que ceux-ci n’aient pas été pervertis.
Merci Justine Triet, de montrer cette vérité. Féministe et politique si importante.